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Les fables de la Fontaine


La Cigale et la Fourmi

La cigale ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle. Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l’août, foi d'animal, Intérêt et principal. La Fourmi n'est pas prêteuse, C'est là son moindre défaut. Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse. Nuit et jour à tout venant, Je chantais, ne vous déplaise. Vous chantiez ? j'en suis fort aise, Eh bien! dansez maintenant.

Le Corbeau et le Renard

Maître Corbeau sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard par l’odeur alléché Lui tint à peu près ce langage : Et bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau ! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le Phenix des hôtes de ces bois. À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie : Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l’écoute. Cette leçon vaut bien un fromage sans doute. Le Corbeau honteux et confus Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf

Une Grenouille vit un Bœuf, Qui lui sembla de belle taille. Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf, Envieuse s’étend, et s’enfle et se travaille, Pour égaler l’animal en grosseur ; Disant : Regardez bien, ma sœur, Est-ce assez ? dites-moi ? n’y suis-je point encore ? Nenni. M’y voici donc ? Point du tout. M’y voilà ? Vous n’en approchez point. La chétive pécore S’enfla si bien qu’elle creva. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs ; Tout petit Prince a des Ambassadeurs : Tout Marquis veut avoir des Pages

Les deux Mulets

Deux Mulets cheminaient ; l’un d’avoine chargé : L’autre portant l’argent de la Gabelle. Celui-ci glorieux d’une charge si belle, N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé. Il marchait d’un pas relevé, Et faisait sonner sa sonnette : Quand l’ennemi se présentant, Comme il en voulait à l’argent, Sur le Mulet du fisc une troupe se jette, Le saisit au frein, et l’arrête. Le Mulet en se défendant, Se sent percer de coups, il gémit, il soupire. Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ? Ce Mulet qui me suit, du danger se retire, Et moi j’y tombe, et je péris. Ami, lui dit son camarade, Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut Emploi. Si tu n’avais servi qu’un Meunier, comme moi, Tu ne serais pas si malade.



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